Daniel Cohn-Bendit, 22 mars 1968 - 22 mars 2010

Dany le Rouge n’a pas choisi cette date par hasard

22 mars 2010 Daniel Lesueur

Dany le Rouge - x
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42 ans après le 22 mars 1968, la figure de proue d'Europe Ecologie a lancé, le 22 mars 2010, un nouvel appel pour inventer une "coopérative politique". Rétrospective.

En 1968, Daniel Cohn-Bendit, un jeune Allemand aux cheveux rouges étudiant à Paris, lance l’Appel du 22 mars, qui est à l'origine de ce que l'on appelle les "évènements de mai".

L'agitation avait commencé dès février

"Mai 68" avait commencé trois mois plus tôt avec les violents affrontements entre CRS d'une part, étudiants, artistes et intellectuels d'autre part, à la suite de la décision de retirer la Cinémathèque à ce bienfaiteur de l'humanité que fut Henri Langlois. Et en province, à Bordeaux précisément, on assistait le 11 février à une action commune des étudiants et des ouvriers des usines Dassault.

Les journées de maicommencent le 3 du mois lorsque la police investit la Sorbonne

Le vice-recteur de l'université semble prêt à rencontrer les étudiants, mais ceux-ci déclinent son offre, par la voix de leur porte-parole, Alain Geismar : "Inutile (...) qu'il se dérange. Le ministre (...) sait qu'il peut communiquer directement avec les manifestants sur l'antenne. Il suffit de demander à tous les gens qui sont dans les appartements alentour de mettre leurs postes de radio à leur fenêtre."

Les reportages en direct de RTL et d'Europe 1 du 3 mai auront un retentissement inattendu. Lundi 6 mai, les "trublions" de Nanterre passent en conseil de discipline, à la Sorbonne. Trois mille étudiants viennent les soutenir. Les radios ne sont pas tout à fait étrangères à ce déploiement de forces, le compte-rendu qu'elles ont donné vendredi est propre à allécher les plus blasés. Le plaisir de l'émeute s'est diffusé comme jamais parmi les manifestants ("Europe N°1, la grande Histoire dans une grande radio").

Le premier affrontement entre CRS et étudiants a lieu ce soir-là

Le mouvement revendicatif et la manière de le faire reconnaître ne sont pas toujours compris par tous : "Que veulent-ils encore, ceux qui ont tellement plus que je n'en avais à leur âge ? S'il y a des discussions à engager, il faut échanger des idées et non des pavés" (l'éditorialiste Marcel Haedrich, le 7 mai, cité par Luc Bernard dans son livre "Europe N°1, la grande Histoire dans une grande radio").

La nuit du 10 au 11 mai est dite "Nuit des barricades"

Le professeur Monod, prix Nobel de médecine, déclare : "Je suis au milieu des manifestants et des barricades... Je demande au ministre de l'Intérieur Christian Fouchet d'arrêter le massacre".

Daniel Cohn-Bendit adresse une mise en garde à ses camarades : "J'appelle tous les manifestants à se retirer du Quartier latin ; vu la cruauté de la police, il n'est pas nécessaire de mener des combats d'arrière-garde. J'appelle tous les syndicats, tous les partis de gauche à se mettre en grève générale à partir de lundi, en solidarité avec les étudiants et les jeunes travailleurs".

Les Français plus âgés suivront, eux aussi, le mouvement

L'interdiction faite à Jacqueline Baudrier, rédactrice en chef de l'information à France Inter, de diffuser en direct depuis les manifestations, déclenche, le 10 mai, le premier détonateur de la rébellion des journalistes du service public. On imagine aisément le désarroi de ces journalistes obligés de communiquer le nombre officiel, dicté par le pouvoir, de 171 000 participants à la manif' du 13 mai, alors que leurs collègues de RTL et Europe 1 annoncent des nombres compris entre 500 000 et un million. Diffusant un programme minimum, la radio d'Etat se met en grève, la télévision également.

Pour la plupart des téléspectateurs, disons-le franchement, le journal télévisé est un spectacle bien plus qu'une source d'information. L'information "sérieuse", on la cherche ailleurs, dans les journaux ou sur les chaînes périphériques (Le Nouvel Observateur, 12 juin 1968).

La grève s'étend de jour en jour à tout le pays

Jusqu'au Festival de Cannes, qui fait sécession. Gilles Jacob, alors journaliste aux Nouvelles littéraires, se souvient avoir vaguement regardé "quelques films, l'oreille collée au transistor" (dans le pays en grève, 200 000 récepteurs sont vendus en un mois ; davantage que lorsque tous les magasins sont ouverts !). La presse écrite n'est presque plus imprimée. De toute façon, elle serait trop lente à réagir, face à des "évènements" qui se bousculent à un rythme effréné ; si rien ou presque n'est écrit à chaud (à quoi cela servirait-il ?), les photos, elles, témoigneront... "après".

Le soir du 24 mai, deux grands rassemblements (étudiants et travailleurs) convergent vers la gare de Lyon et s'y retrouvent massés à 19 heures. Les manifestants ont emporté leurs transistors pour écouter à 20 heures l'allocution du général de Gaulle. Ses déclarations vont déterminer le sens de l'action à suivre. Les propos du président ne calment pas la foule et les affrontements restent nombreux et violents. Mais, fin stratège, le Général renversera la situation à son avantage le 30 mai : "Je ne me retirerai pas, j'ai un mandat du peuple, je le remplirai".

Tous droits réservés Daniel Lesueur. Demandez l'autorisation de l'auteur avant toute reproduction sur Internet ou dans la presse traditionnelle.

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Commentaires

22 mars 2010 17:51
Martine :
que de souvenirs tout ça ! on était portés par quelque chose, de l'espoir l'envie aussi de bouger les choses ! un bel anniv
1 Commentaire: